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 [RP] Sur le Requin Jaune

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Io-Plait

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Masculin Divinité Iop
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   18.01.16 15:20

Etant descendu du Requin Jaune quelque temps après ses compagnons, il s'était retrouvé seul sur la plage, et avait pris la direction de la jungle, seulement, ayant un sens de l'orientation plus médiocre que la moyenne, il s'est vite perdu, ne réussissant même pas a retrouver le chemin du bateau.

Le iop se mis à errer dans la jungle, à la recherche de traces du passage d'autres marins, l'île étant inhabitée d'après ce qu'il avait compris. Survivre dans la jungle n'était pas difficile pour lui, puisque ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait seul dans un territoire hostile, cependant il n'avait aucune intention de finir son périple à cet endroit. Il trouva rapidement des traces du passage de quelconque animal, et se décida à les suivre dans le but de chasser. Il suivi les traces pendant quelque temps, en prenant garde de ne faire aucun bruit qui trahirait sa présence, mais au bout d'un moment il tomba sur quelque chose qui lui paraissait étrange. Les traces s'arrêtaient net, ou plutôt elles avaient été arrêtées par un groupe de nombreux prédateurs, au moins une dizaine. Ses connaissances de l'écosystème des îles de cette région avoisinant le néant, il ne savait rien de ce qui pouvait se cacher derrière un tel travail d'équipe. Il sentait monter son excitation, il aimait chasser, et il adorait les chasses difficiles.

Sa traque reprit donc, mais après seulement quelques minutes de course, il arriva à proximité d'un village pour le moins étrange. Il mit du temps à comprendre ce qu'il se passait, mais il fini par comprendre que les informations qu'ils avaient reçus étaient erronées, chose commune depuis qu'il avait embarqué, que ce qu'il traquait était en réalité ce groupe d'humains, avant d'apercevoir Tsanas et Narhuit saucissonnés dans ce même village.

Il décida de ne pas agir mais plutôt d'observer, c'est pourquoi il se trouva une branche assez élevée et y grimpa. Les minutes passèrent sans qu'il y ai beaucoup de changement, mise à part deux personnes qui avaient rendus visite à ses deux compagnons, désormais libres, et une autre accompagnée d'une étrange créature. Les indigènes, lorsqu'ils aperçurent la créature, semblèrent surexcités, au point d'en oublier leurs prisonniers.

Io-Plait, que toute cette excitation ennuyait, se contenta de rester en observateur, même lorsque deux indigènes passèrent en dessous de lui, suivi de quelqu'un qu'il n'arrivait à voir, et revinrent accompagnés d'une femme, lorsqu'ils la placèrent devant la créature, et que l'homme qui avait accompagné cette créature se mit à hurler, il le reconnu, c'était Sygni ! Il dégaina son arc et encocha une flèche.

« Tu parles d'une malédiction, je suppose que tout ça est lié ! »


Après que Sygni se soit fait rétamer, et qu'il du se replier, le iop observa le "rituel" et c'est alors qu'il fut déçu, si les indigènes subissaient une attaque maintenant, ils seraient annihilés !

Il fouilla dans son sac, en sorti une feuille spéciale, écrivit un message dessus, l'attacha à la flèche qu'il avait déjà encochée, et chercha la vieille des yeux. Il fini par la trouver accompagnée de la femme que les indigènes avaient amenés. Il tira alors sa flèche, qui passa assez proche de l'enutrof pour qu'elle la remarque, et se ficha dans le sol.

Il vit alors l’alcoolique, qui baillait aux corbacs, et banda son arc. « Je lui avait promis une flèche entre les omoplates, mais je suis trop loin, on va donc se contenter de le viser ! » La flèche parti...


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   18.01.16 20:21

« ...de retour un jour. »

Un vrombissement se fit entendre et un objet effilé traversa l’air en sifflant pour venir se ficher dans la terre battue à proximité des pieds de la vieillarde au chignon cendré.
De surprise, la juriste et l'ancienne sursautèrent avant de se plaquer presque instantanément contre le mur de la cahutte qui les masquait à la vue de leurs hôtes en pleine cérémonie.

Les yeux écarquillés, malgré sa faible vue, Narhuitlalashishtom scruta les environs et les frondaisons voisines, dans la direction indiquée par la flèche. Les pennes de l’objet pointu lui évoquaient quelque chose, mais…

« Il y a un feuillet sur… sur cette flèche, articula Daphné Sygni. »

A ces mots, son interlocutrice du troisième âge braqua ses yeux sur l’évidence qui aurait dû lui apparaître un peu plus rapidement.

« Jetez un œil aux alentours, s’il vous plaît, le temps que je puisse prendre connaissance de ce que notre mystérieux facteur veut nous dire. »

Narhuitlalashishtom défit le système liant le message au fût de la flèche et déroula le petit bout de papier de ses doigts tremblants.

« Voyons voir… »
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Io-Plait

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   27.01.16 17:53

Le message était écrit à la va-vite, et l'ancêtre du batailler pour comprendre ce qui y était écrit. Voilà ce qu'elle put y déchiffrer.

« Je ne comprend pas très bien la situation, mais j'ai plusieurs possibilités. Il y a l'attaque, auquel cas jette cette flèche vers l'ennemi (mais je ne garanti pas la sécurité de ceux trop proches), ensuite viens la diversion pour vous permettre de fuir, plante la flèche dans le sol si c'est ce qu'il faut. Ou je peux attendre un moment plus opportun, et dans ce cas garde la flèche dans ta main et tu la lancera ou la planteras quand tu jugeras que ce moment est venu ! »


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   27.01.16 18:51

Sans atermoyer, la vieillarde passa son sac en bandoulière, saisit la flèche de la main droite et le poignet de Daphné Sygni de la main gauche.

Toutes deux quittèrent la sécurité toute relative de leur pseudo-cachette et firent route vers la créature canine dont le régime alimentaire venait tout juste de s'élargir.

Tâchant de se faufiler dans la foule aux fesses levées sans froisser qui que ce soit, la petite fripée et la juriste crasseuse parvinrent à une proximité quasi-immédiate de l'objet du culte des îliens. Inclinant la tête en signe de respect et de soumission, la septuagénaire articula lentement un message empli d'urgence :

« Il faut qu'on s'en aille, et vite. »

Narhuitlalashishtom avait insisté sur le "faut" autant que sur le "vite".
Coulant des regards à droite puis à gauche, elle poursuivit :

« L'occasion ne se représentera pas. »
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Ifreann

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   07.02.16 14:30

L'approche de Narhuit' permit à Ifreann de contrôler son estomac vrombissant. Toutefois, la vue de l'Amaknéenne crasseuse faillit permettre à son corps de régurgiter ce qu'il venait tout juste d'avaler. Ravalant longuement sa salive en louchant légèrement, la Mutsou écouta tout de même attentivement les propos alarmants de Narhuit'. Effectivement, ils avaient une occasion de s'enfuir et c'était maintenant ; Ifreann avait fait son rôle de dieu vivant ou de messager, qu'importe, elle était donc dans ses droits en faussant compagnie à ses "fidèles". Elle n'approuva ni physiquement, ni oralement, mais sa posture laissait penser qu'elle était prête à ficher le camp. Précautionneusement, comme si elle s'apprêtait à marcher sur un piège explosif, Ifreann avança d'un pas. Puis deux. La sortie du village n'était pas loin mais à ses yeux, elle se situait à des kilokamètres de là...
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Sibelius
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   07.02.16 15:00

Au fur et à mesure qu'Ifreann se déplaçait vers la jungle, les villageois en faisaient autant, l'imitant dans sa démarche, et adoptant des pas feutrés, comme pour ne pas déranger quelconque esprit endormi. Ils étaient tous excités à l'idée de suivre leur messie dans de nouvelles aventures. Allait-elle les emmener dans un havre lointain ? Leur montrerait-elle les secrets insondés de la rate au court-bouillon ? Leur apprendrait-elle des pas de danse incongrus sur la plage ? Ils n'en savaient rien, mais ils suivaient, fidèlement, leur interprète de l'au-delà.


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   07.03.16 17:35

Emportée par la foule qui la traîne et qui l'entraîne, écrasée contre les uns et les autres, Narhuitlalashishtom ne formait plus qu'un seul corps avec les indigènes. Le flot votif, sans effort, les poussait, enchaînés les uns aux autres...  Les laissant tous deux, le monde et la vieillarde, à la limite de l'évanouissement, de l'enivrement et du bonheur.

Entraînée par la foule qui s'élance et qui danse une folle farandole dans le sillage de la Mutsou, la petite main de Narhuitlalashishtom reste soudée à celle de la juriste "délivrée" et la septuagénaire, parfois soulevée de terre, s'envole pour mieux retomber sans trop savoir à quoi se raccrocher si ce n'est à l'espoir ténu que leur compagne d'infortune saura les mener vers une délivrance bien méritée.
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Io-Plait

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   14.03.16 19:29

Perché sur son arbre, Io-Plait observait la scène. Lorsque le groupe se mit en mouvement dans sa direction, il en fut d'abord irrité, puis il se rendit compte que le couvert de la forêt lui serait bénéfique si la vieille se décidait à attaquer. Il aurait aimé attaquer de suite, mais tant qu'elle restait parmi les indigènes il lui serait impossible de frapper sans risquer de la toucher, de plus il n'aurait aucune chance de réussir seul, et compter sur l'aide de Narhuitlalashishtom pour un combat ne serait sûrement pas une très bonne idée, à moins de vouloir se prendre une raclée évidemment.

Sa seule option serait de s'embusquer dans la forêt et de frapper tout en restant invisible, le temps que ses compagnons d'infortune fuient, et d'ensuite se replier sans laisser de traces. Ou alors il pouvait les abandonner à leur sort, après tout il n'était en rien lié à eux, si ce n'est par cette aventure, cependant il aimait le combat, et par dessus tout le sentiment qu'on éprouve lorsque notre proie se rend compte qu'elle est prise au piège et qu'elle n'a aucun moyen de s'échapper.

Il se retourna, sauta à terre en prenant soin de ne pas se faire remarquer, et s'enfonça un peu dans la forêt avant de se trouver un autre arbre ou grimper. Il ne voyait presque plus rien de la ou il était, il évaluait donc la distance qui le séparait de ses ennemis seulement à la cacophonie qu'ils produisaient. S'ils arrêtaient de jacasser à qui mieux mieux, il ne pourrait sûrement pas les attaquer sans s'exposer beaucoup plus, c'est pourquoi il ne s'était pas trop éloigné du village, afin de pouvoir y revenir rapidement en cas de silence soudain.

Arc tendu, il était prêt à attaquer.


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Ifreann

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   19.03.16 23:06

Ifreann, pourtant adepte de la baston, continuait à marcher lentement mais sûrement jusqu'à la dernière position du Requin Jaune. Depuis qu'elle avait appris qu'elle avait été trahie par l'équipage, elle doutait qu'il soit encore présent mais... Abandonneraient-ils leur second ainsi que deux - maintenant un - des leurs ? Puisqu'elle avait le temps de réfléchir, elle fit tourner son cerveau. Bien plus qu'elle ne le faisait d'habitude. Pour trouver une solution. Rien ne pousserait les indigènes à cesser de la suivre, sauf une chose peut-être... Mais elle ne prendrait pas le risque maintenant. Pour l'heure, elle se contentait de se comporter comme un parfait messie démagogue... Contre son gré.

Alors qu'ils parcouraient la forêt, qu'Ifreann tentait de retrouver le chemin qu'ils avaient suivi jusque là, elle continuait de chercher des solutions. La plus probable restait d'envoyer les autres devant et de prendre le risque d'être capturée par les indigènes en montrant sa volonté de les quitter, mais... Elle ne voyait rien d'autre. Si. Celle de reprendre sa forme humaine et de... De quoi, justement ? Si les indigènes mettaient un temps à percuter, cela leur laisserait une marge de manœuvre. En revanche, s'ils piquaient une crise dès lors qu'elle reprendrait sa forme... Ils étaient perdus, tous. Bon sang, cette misère allait-elle enfin prendre fin ?

___

Défi : démagogue
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Sibelius
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   20.03.16 14:46

Au même moment, sur la plage.

« Ohhh les gars ! regardez, c'est Bétel et M'sieur Sygni là-bas ! »

Les têtes des matelots affairés à couper, scier, mesurer, assembler, poncer, se relevèrent d'un coup un seul.

« Mille ailerons bouillus ! Sortez-vous les doigt du fût et v'nez m'aider l'Second est amochi ! » Beugla Bétel dans sa broussailleuse barbe à baba.

« Non d'un kralamoure un rut, jura le charpentier, qu'est-ce qu'a bien pu vous tomber sur le pif pour l'mettre dans ct'état-là ? »

« C'sont c'saloperies de sauvageon ouais, c'sont ces tristes gus qui nous ont m'né la vie dure là-haut... » S'attrista le cuistot, avant de reprendre, pas loin du chagrin : « Je le ramène sur l'Jaune, et j'vous conseillerai d'en faire autant... sont furax les suce-racines... »

« T'es mignon mon gros mais on n'a pas fini not' nouveau mât d'artimon, et sauvage ou pas, on n'arrivera pas à Moon sans artimon ça t'peux m'croire l'ami. J'srai toi j'en parlerai directos au cap'taine afin qu'il nous ramène quelques bougres et d'la ferraille pour faire passer l'envie à ces consanguins de s'mettre entre moi et mon maillet ! » Conclut l'artisan à voix haute, puisque Bétel était déjà rendu dans une barque, affairé à ne pas mettre le Second dans une position trop inconfortable.


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   31.03.16 17:52

Sur un arbre, à côté d’un ruisseau voisin, un oiseau chantait.

Les convictions de chacun avaient été ébranlées jusqu’à leurs fondations durant les dernières heures, semant le doute en elles, en lui et en eux.

La petite vieille du continent - à ne pas confondre avec les petites vieilles indigènes et incontinentes - avait une drôle de sensation en regardant, autant que faire se pouvait, vers ce qu’elle estimait être l’est. Son esprit avait grand besoin de partir et ses songes prirent bientôt l’air d’un véritable rêve éveillé lorsque l’adoratrice du Grand Avaricieux aperçut des ronds de fumée entre les arbres.

A la fumée succédèrent, quelques minutes plus tard, les voix de ceux qui entretenaient les brasiers de l’espoir. Et le doute revint.

Narhuitlalashishtom avait beau chuchoter à la juriste à moitié Sygni que, bientôt, si elle continuait de jouer la même mélodie, leur solide soliste Mutsou les mènerait à la maison et qu’elles auraient la chance, la joie et le bonheur de voir un nouveau jour se lever sur les flots, loin, là-bas, au large. A bord du Requin Jaune.

« S’il y a du remue-ménage, ne vous affolez pas. Deux voies s’offriront à vous, je ne vous en conseille qu’une seule : placez-vous au plus loin derrière les lignes alliées et ne vous focalisez sur rien d’autre que votre avancée. »

Les têtes des deux femmes bourdonnèrent, leur « guide » avait marqué un temps d’arrêt et regardé dans leur direction.

« La flûtiste nous invite à la rejoindre. »

Le duo inattendu se fraya un passage tant bien que mal et, lorsqu’il fut parvenu à hauteur de la canine Ifreann, sa doyenne s’adressa à une interlocutrice qu’elle espérait faire passer pour imaginaire :

« Pouvez-vous entendre le souffle du vent, chère madame ? »

N’attendant aucune réponse compromettante, Narhuitlalashishtom poursuivit brièvement :

« Son murmure… »  

Le cortège se remit en branle et, alors qu’hôtes, otages et divinité dévalaient la route, leurs ombres plus grandes que leurs âmes.
Le marmonnement de la septuagénaire passa presque inaperçu, destiné à une seule paire d’oreilles qui avaient d’autres soucis en tête.

« Il y a une femme qui marche et que nous « connaissons » presque tous… A sa manière, elle brille d’une lumière blanche dans l’obscurité qui nous entoure. Peut-être saura-t-elle nous montrer comment chaque chose, chaque… situation peut se transformer en or et… si on l’écoute attentivement, finalement… son air viendra à nous lorsque tous ne feront qu’une et qu’une les fera tous. Puisse-t-elle être un roc et ne pas rouler… Qu’elle soit un escalier nous menant vers l’Ingloriom. »


La fin de ce conciliabule quasi-intérieur coïncida avec l’arrivée de la procession sur la plage ayant servi de camp de base aux hommes du Requin Jaune.
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   24.04.16 15:49

Alors qu'au loin, la barque de Bétel continuait toujours son avancée vers le lointain Requin Jaune, la mutsou fit irruption sur la plage paradisiaque de l'île du Kanigrou. Suivie par un sauvage, puis un autre, encore un autre, et tant d'autres. Les bonnes gens déteignaient dans cette foule barbaresque, il y avait cette vieille femme, un pandawa, et puis une juriste famélique que le maître charpentier eut l'effroi de reconnaître.

À la vue des quelques marins affairés à scier le bois de leur île, les indigènes s'agitèrent nerveusement, comme des enfants auxquels ont refuseraient une délicieuse tartine de gelée fraise. Leurs genoux se plièrent légèrement, et leurs pieds remuaient lourdement le sable fin. Leur faciès se vermillonna et leur souffle animal se fit entendre. Il était d'une évidence : ces sauvageons n'avaient guère envie de prendre le thé avec nos gentilshommes de la mer.

Un jeunot, survolté, enivré par l'appel de la guerre, et peut-être l'amour de son île, de ses terres et de ses ancêtres, lança le premier son javelot acéré en direction des apprentis charpentiers. L'arme se planta dans le sable, aux pieds d'un autre jeune homme, qui n'avait probablement connu que peu d'escarmouches dans sa tendre enfance, et qui, surpris, chancela jusqu'à se viander sur un tronc.

« Morte-couille... » lâcha le maître charpentier, entre ses vieux chicots.

Après ce petit instant de flottement, les troupes désorganisées d'indigènes se mirent à fondre sur les bons hommes, tout en les assaillant de javelots rudimentaires. De leur côté, les marins se ruèrent sur les trois barques sagement échouées sur le rivage. Quelques uns eurent la désagréable sensation de voir fleurir de leurs entrailles le nez d'une lance taquine. Dans leur frénésie, les sauvageons en vinrent même à oublier qu'ils étaient là pour suivre leur nouvelle déité poilue, et celle-ci se fit moins prédominante dans leurs objectifs à court terme.

Une chose était sûre, les marins tentaient leur fuite ; et peu de chances demeuraient quant à la probabilité qu'ils reviennent chercher des survivants sur cette île dont le nom se faisait déjà maudire.


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   15.05.16 14:54

C’était la pagaille, le désordre, le chaos le plus complet.

La confusion régnait et, tandis que les uns marchaient sur les autres, le regard de la vieillarde effectuait d’incessants allers-retours entre les embarcations des marins et ses compagnons de galère.

Pas un seul de ces derniers ne bougeait le petit doigt. Cloués sur place, peut-être paralysés par la stupeur, ni la Mutsou, ni la juriste et encore moins le Pandawa ne faisaient mine d’esquisser une seul geste.

Les indigènes, eux, ne loupaient pas une occasion de laisser libre cours à leur ire territoriale.
Ces poinçonneurs de l’île, bien là, semblaient décidés à ne pas laisser les visiteurs d’outre-mer voir le soleil se lever une nouvelle fois sur la terre. Il s’agissait, à tout point de vue, de mettre fin à une drôle de croisière et qu’y avait-il de mieux pour faire l’affaire que de percer des trous, plein de petits trous, encore des petits trous, toujours plus de petits trous… dans les corps des visiteurs qui avaient eu le culot et l’outrecuidance de s’en prendre aux ressources limitées de leur île ?

Les membres de l’équipage s’écroulaient, çà et là, dans le sable chaud, détenteurs de billets de seconde et première classe pour un aller simple vers l’au-delà.

Que faire ?
C’était une chose de s’attendre à quelques bricoles, c’en était une autre de se tirer indemne d’un tel traquenard !

Narhuitlalashishtom, les bras ballants, voyait les chaloupes poussées à l’eau : il serait bientôt impensable, pour ne pas dire impossible, d’y prendre place afin de gagner le large.
Sous peu, leur seule échappatoire se ferait elle-même la malle, à condition d’être pourvue d’assez de bras pour se mouvoir.

Le massacre continuait, certains marins avaient renoncé au statut de victimes et s’étaient emparé d’avirons et d’outils de découpe : les proies acculées étaient les plus dangereuses, les indigènes l'apprendraient à leurs dépens !
Captant l’attention des assaillants, ces courageux détournèrent bien involontairement une partie du commando punitif de ses occupations, laissant, pouvait-on croire, le champ libre à leurs camarades des deux autres embarcations.

Une barcasse était tirée d’affaire et fendait déjà l’écume en se hissant sur la crête d’une vague turquoise tandis que le sable blanc du rivage se teintait, luisant, de carmin.
Il ne restait, dès lors, plus qu’une seule porte de sortie à notre petit groupe de mercenaires floués et sacrifiés sur l’autel de l’amour par un Second à la morale vacillante.

La plage parut immense à Narhuitlalashishtom. De l’orée du bois à la seule barque disponible, la distance serait impossible à couvrir à moins de bénéficier, à son grand regret, d’une sacrée…

« akselerasjɔ̃ »

La formule fendit l’air au moment où la septuagénaire saisissait la main de la juriste. Leurs corps furent transpercés, à l’unisson, par une myriade d’aiguilles invisibles, vrillant leurs nerfs et saturant leur centre de la douleur. S'arc-boutant, leur organisme était désormais saturé d’adrénaline.

L’ancêtre, toujours reliée à la moitié de traître, s’arracha du sable d’une poussée qu’elle aurait voulu fantastique.
Daphné Sygni lui emboîta le pas, par pur réflexe, et se sentit bondir en avant, craignant un instant que la petite vieille ne lui ait déboîté l’épaule.
Elles filaient toutes deux en direction de la barque jumelle de celle qui était assaillie de toutes parts, avalant les toises de sable qui les en séparaient encore.

La douleur était toujours présente, vive et usante, les aiguillons menaçants s’enfonçaient toujours plus loin dans les enveloppes charnelles, il leur fallait tenir bon.
Plus que trois toises...
Encore deux toises.
Une toise.

En un suprême effort, les deux femmes, vieille comme jeune, jaillirent telles deux furies et se hissèrent à bord de l’esquif, à la surprise de ses occupants.

« C-Comment elles ont fait ? s'étonna un charpentier présentant une vilaine estafilade à l'abdomen.
- Ta gueule et pousse, c'est sans doute magique ! » lui répondit son voisin.

La coque racla le sable et s’enfonça dans l’eau chaude, les encouragements des hommes se mêlant aux hurlements d’agonie de leurs semblables expirant.

Les clameurs guerrières ne s’étiolaient pas et, pire, quelques projectiles effilés fusèrent en direction de la chaloupe qui avait miraculeusement bénéficié d’un répit : seuls trois costauds défendaient désormais ce qui restait de la troisième embarcation et les têtes se tournaient déjà en direction d’une nouvelle proie à abattre.

Chancelante, la petite bonne femme se laissa tomber entre deux bancs de rame tandis que la juriste, de meilleure constitution, joignait ses efforts à ceux des hommes de leur petit équipage.
Le canot, sous leurs assauts répétés, quitta la grève et se libéra de la pesanteur, optant pour la troisième dimension et le principe salvateur de la flottabilité.

Il leur restait à ramer pour se mettre hors de portée de tir, mais les locaux se hâtaient déjà dans leur direction.
Quel serait le sort de ceux qui étaient restés sur la plage ? Parviendraient-ils à rejoindre les fuyards à la nage ou était-ce déjà trop tard ?
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   15.05.16 17:17

Ifreann ne sut pas où donner de la tête tant les choses lui avaient - une fois encore - échappées. L'espace d'un instant, elle avait espéré contrôler la situation, guider ces sauvages avec brio... Peut-être était-ce ce qu'elle avait fait, justement. Avaient-ils cru qu'elle leur offrait... La mutsou secoua la tête et balaya du regard les alentours. Elle eut tout juste le temps de voir Narhuitlalashishtom et Daphée Sygni se téléporter elle ne savait où. Sûrement à un endroit en sécurité. Tant mieux, en voilà deux qui ne risquaient pas d'être...

- Weeuuah !

En se jetant sur le côté, Ifreann parvint à éviter de justesse une pauvre victime qui venait tout juste d'être transpercée par un javelot. Son corps tomba lourdement sur le sable qui passa du jaune au rouge et la mutsou gloussa. C'était égoïste mais si elle ne profitait pas du massacre, elle ne s'en sortirait pas... Elle non-plus. Ses quatre puissantes pattes parvinrent à l'approcher rapidement de la rive : la barque dans lequel se trouvait Narhuit' et le but de l'expédition avait déjà pris la mer mais elle était encore de les rattraper à la nage, sous cette forme. Sans plus d'hésitations, Ifreann se lança. L'eau lui glaça le sang et engourdit ses muscles mais l'adrénaline lui permit de ne pas y porter d'attention : tout ce qui comptait, c'était qu'elle s'en sorte vivante. Un coup de patte, un autre, puis encore un... La mutsou, terre hors de l'eau, parvint à garder le cap vers la petite barque malgré le courant. Il semblait qu'elle s'en approchait progressivement.
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Sibelius
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   15.05.16 17:38

Les dévots de la mutsou n'apprécièrent que très peu la fuite accélérée de leur ancienne captive au bras d'une vieille carne. Les fiers guerriers crachèrent leurs poumons afin de joindre la deuxième barque où le duo de femme fuyait à la pandalaise. Puisant dans leur soif de combat, ils continuèrent jusqu'à ce que l'eau turquoise leur arrive aux genoux, puis ils firent filer leurs lances sifflantes afin de fendre les fuyards. Un rameur fut touché au flanc, puis les autres projectiles se fourvoyèrent entre les vagues.

Ifreann, quant à elle, nagea aussi discrètement que possible pour ne pas que ses fidèles ne remarquent sa grande évasion. Buvant sans modération quelques tasses peu gouleyantes, la mutsou parvint finalement à rejoindre la barque des fugitifs.

Pendant ce temps-là, une demi-douzaine de charpentiers bien charpentés entreprirent de « casser du sauvage » selon leurs propres termes, avant d'organiser leur plan de retraite dans l'ultime barque encore à disposition des plagistes. Naturellement, Io se joignit aux festivités organisées par ces matelots pleins de verve et de sens de l'honneur. Avant que le reste des sauvage ne fonde sur eux, ils gagnèrent ladite embarcation, sagement échouée. Le charpentier en chef, fort de son maillet ensanglanté et incrusté de quelques dents endémiques, décida de se sacrifier et de retenir les fous du javelot pour laisser le temps à ses pairs de s'enfuir.

La barque failli se retourner contre un rouleau particulièrement scélérat, mais le sort en décida autrement et permis à nos amis de se considérés comme saufs, appréciant le triste spectacle d'un artisan gentilhomme se faire dépecer à leur place.

* * *


Quelques heures après, sur le pont du Requin Jaune.
Alors que le chirurgien du Requin Jaune s'affairait à recoudre le corps évanoui du Second, le Capitaine fit une percée dans l'assemblée de marins agglutinés autour de la scène. Il affichait un air grave et préoccupé.

« Bon sang, mais que s'est-il passé sur cette île ? Où sont Régulus et le Maître Charpentier ? Pourquoi mon bon Second est-il dans cet état ? Et qui est cette femme ? »

Le pauvre Bétel se dandinait dans un dilemme perpétuel entre honte et crainte, son visage gras et luisant ruisselait de mille torrents de sueur que ses pauvres haillons n'avaient plus la capacité de boire. S'il en avait eu la forme, il se serait caché dans un cul de marmite pour le restant de ses jours.

Telle la rosée immaculée du matin, Daphné Sygni libéra le pauvre Bétel de ses tourments qui prenaient des tournures intestinales — au grand dam de ses voisins. La juriste, se sentant visée par la troisième question d'Al Débaran, ne resta pas un instant de plus dans l'ombre d'un oubli.

« Je suis Daphné Sygni. »

« Impossible... » balbutia le Capitaine, qui n'entrevoyait encore qu'un millième de la situation véritable.

« Il faut que nous parlions. » ponctua Daphné, avant de déposer un baiser léger sur le front affaiblit de sa moitié, et de conduire le Capitaine dans ses propres quartiers.

* * *

Les heures s'égrenèrent, tant et si bien que la nuit noire s'installa progressivement sur un équipage contrit par les événements. Daphné et le Capitaine ne semblaient toujours pas en avoir fini, alors que Chi Sygni sorti de sa torpeur, caressé par une brise fraîche, et encerclé de quelques matelots fidèles, ainsi que des aventuriers.

Voyant le visage de ces derniers, il se mit à pleurer sincèrement. Un acte qui n'est généralement pas offert aux Seconds qui souhaitent conserver toute leur autorité. Dans ses sanglots, il demande probablement à voir sa femme.


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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   16.05.16 8:30

D’affalée contre un élément du navire, la petite Narhuitlalashishtom chancela en tentant de se hisser sur ses faibles jambes.

Le front emperlé de sueur malgré la fraîcheur nocturne, les traits creusés par la douleur et la fatigue, la septuagénaire payait un lourd tribut : la magie n’était pas sans conséquences et la vieillarde passait doublement à la caisse vu l’usage qu’elle en avait fait.
Du sourire sur son visage, il n’y avait plus aucune trace. Tout juste avait-elle soupiré d’aise lorsqu’on l’avait hissée sur le pont du Requin Jaune, à demi inconsciente, quelques heures plus tôt.

Narhuitlalashishtom chancela donc, alors qu’elle tentait de se mettre debout ou, tout du moins, de se redresser pour se rapprocher du geignard.

Chaque effort lui coûtait, ses membres l’élançaient, tout son corps était dévoré par un brasier qu’on aurait pu croire inextinguible, mais des choses devaient être dites, des actes devaient être commis.
On aida la petite ruine, la soutenant doucement lorsqu’elle menaçait de se vautrer à-même le bois et le goudron, mais elle tint bon.

« … »

On aurait pu entendre une mouche voler. La vieille femme cherchait son souffle, le Second chialait tout son saoûl et les spectateurs se tenaient sur le qui-vive. Les yeux de Narhuitlalashishtom, d’ordinaire voilés par un début de cataracte, brûlaient d’un feu glacé : celui du mépris. Quiconque aurait été l’objet d’un tel regard se serait senti le dernier des humains. Mais le Second l'était-il encore... humain ?

« Allons… » soupira l’ancienne.

« Un peu de tenue ! Epargnez-nous toute cette morve, tous ces hoquets… Vous êtes le Second de ce bâtiment, non ? » grinça-t-elle des dents, alors qu’un éclair de douleur lui parcourait l’échine.

« Le Second, oui… Et le premier dès qu’il s’agit de TRAHIR celles et ceux qui sont sous votre commandement. »

Le groupe remua, encaissant l’accusation en silence. Où cette vieillarde voulait-elle en venir ? Le Second, un traître ? Le soleil avait dû taper un peu trop fort sur le chignon de cette bonne femme ! Elle n'avait plus toute sa tête, la rixe de la plage l'avait chamboulée, voilà tout.

« Chi Sygni, le pourvoyeur de chair humaine ! » cracha tout de même Narhuitlalashishtom.

« En voilà un nom, en voilà un sobriquet ! De ceux qui font les légendes, assurément ! »

Le Second du Requin Jaune geignit de plus belle, mais l’ancienne était lancée.

« Tant de larmes… Tant de pleurs… Sont-ils pour les veuves et les orphelins de ceux que vous avez sciemment menés à la mort ? S’agit-il d’expier vos fautes en vous ridiculisant devant ce qu’il reste de l’équipage que vous destiniez au sacrifice ? »

Des murmures commencèrent à se faire entendre, ici et là, mais ils s’éteignirent lorsque l’on se rendit compte que l’adoratrice de l’Avaricieux n’avait pas terminé sa diatribe.

« Toutes ces personnes sur la plage… Tous ceux qui sont restés sur le sable… Du plus simple naufragé Pandawa au plus émérite des charpentiers de marine… Vous êtes responsable de leur mort. »

Cruelle, Narhuitlalashishtom enfonçait les serres de son mépris toujours plus profondément dans ce qu’il restait d’estime de soi à sa victime prostrée.

« Vous n’avez pas propulsé les sagaies qui ont transpercé leurs corps et leurs membres, non, mais vous les avez menés dans ce traquenard, ce piège qui ne devait profiter qu’à vous. Est-ce pour cela que vous pleurez ou bien est-ce parce que, dans l’opération, vous avez perdu l’un de vos deux acolytes ? »

Sans lâcher Sygni des yeux, la vieillarde prit le groupe à partie.

« Figurez-vous que, non-content d’être ce qui se fait de plus vil sur les mers, votre dévoué Second peut se targuer d’être le plus veule des traîtres ! La tâche qui lui incombait pesant trop lourd sur ses frêles épaules, il s’était adjoint les services et la confiance de deux d’entre vous ! L’un d’eux a d'ailleurs été sacrifié VIVANT par la tribu d’indigènes qui vit sur l’île que nous avons quittée, tandis que le second mouille actuellement ses chausses à vos côtés. Le Quartier-Maître Régulus et votre Bétel de cuisinier étaient COMPLICES des agissements de votre estimé Second… »

Les têtes se tournèrent en direction du cuistot puant et des paires de mains le saisirent, alors que Narhuitlalashishtom entreprenait de raconter les évènements survenus sur l’île du Kanigrou. Vinrent s’y mêler les explications fournies par Daphné Sygni dans le village des îliens et la rumeur enfla.

L’exercice dévorait les forces qu’il restait à la porteuse de chignon défait. Cette dernière dut faire de fréquentes pauses, mais elle ne voulait pas flancher. Pas maintenant. Après. Le plus tard possible. Il restait tant à dire, à expulser, à infliger.

« Sygni, reprit-elle, vous quémandez votre épouse, les yeux rougis, les joues humides… Mais serait-elle seulement là sans ceux que vous comptiez mener à l’abattoir ? Quelle impression cela vous fait-il d’être le dernier des hommes et le premier des monstres ? Quel est votre ressenti face à votre ECHEC ? Comment vivez-vous le fait de vous être fait damer le pion par une bande de bras cassés ? »

Un déglutissement sonore se fit entendre et il aurait été comique si la tension n’avait pas été si forte.

« Sygni, comment est-ce… de vivre en trahissant au quotidien votre équipage et votre capitaine ? Quelle a été votre vie ces dernières années, alors que vous scelliez un secret qui allait précipiter dans les bras de la camarde autant d’innocents ? »

C’était bientôt fini, Narhuitlalashishtom devait encore tenir. Juste un peu plus. Tenir... et punir.

« Sygni, j’espère que vous vivrez longtemps… Et je vous souhaite que pas un jour ne s’écoule sans que vous ne pensiez aux visages de celles et ceux que vous avez tués par amour. Qu’ils vous hantent et vous poursuivent jusque dans la tombe, voilà qui pourrait être justice. »

Se dégageant de l’étreinte des hommes du bord qui lui évitaient de s’écrouler à terre, la septuagénaire avança d’un pas en direction du bourreau devenu victime :

« D'ailleurs, en parlant de justice, à bord, il n’en est d’autre que celle du maître des lieux. Je serais curieuse de connaître la décision du Capitaine Débaran, que vous avez floué durant tant d’années, lorsqu'il aura été averti de vos méfaits… »

Puis, elle pointa un index décharné droit vers le visage rongé de larmes :

« Mais qu’une chose soit claire, justice ou pas, je compte bien toucher ma paie ! Et je vous assure que celle-ci s’agrémentera d’une sacrée prime ! La langue d’un menteur, par exemple... »

Ayant vidé son sac, Narhuitlalashishtom s'écroula aussi dignement que sa condition le lui permettait.
En l'occurrence, elle chut sur son postérieur. Et personne ne trouva quoi que ce soit à y redire : la vieille venait d'en imposer à chacun.
Ce n'était pas tous les jours que quelqu'un échappait à la vivisection et venait réclamer un réajustement de son salaire.
Grippe-sou d'Enutrof...
_______________________________
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Dernière édition par Narhuitlalashishtom le 17.05.16 15:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   16.05.16 22:45

Dès son arrivée sur le Requin Jaune, Ifreann sentit le poids de la fatigue et de la mésaventure passée peser sur ses épaules de bête poilue. Le calme qui régnait sur le Requin Jaune avait quelque chose d'étrange, comme si... Comme si la mutsou avait rêvé tout cela. Comme si elle était sortie hors du temps l'espace de quelques heures, ou plutôt de quelques jours, et qu'elle était revenue à elle après un long cauchemar dont elle ne parvenait pas à sortir.

Lassée des regards qu'on lui portait - probablement à cause de sa forme animale -, Ifreann faussa compagnie aux matelots du pont pour s'éclipser dans sa cabine, le temps de cinq minutes. Reprendre sa forme humaine au regard de tous risquait d'attiser la curiosité et l'envie de quelques bonhommes qui étaient actuellement limités à ne prendre que la mer... Une fois vêtue, la mutsou remonta. Un groupe s'était alors formé autour de Sygni et quelqu'un était en train de raconter... Non, quelqu'un était en train de lui parler. Non, pire encore : était en train de l'enfoncer plus bas que terre. Elle reconnut le petit chignon de la disciple de l'Avaricieux. Narhuitlalashishtom ? Ces mots venaient-ils vraiment de sa bouche ? Penchant la tête sur le côté, les oreilles levées en signe d'attention, Ifreann esquissa quelques pas vers le groupe.

- ... Mais serait-elle seulement là sans ceux que vous comptiez mener à l’abattoir ? Quelle impression cela vous fait-il d’être le dernier des hommes et le premier des monstres ? Quel est votre ressenti face à votre ECHEC ? Comment vivez-vous le fait de vous être fait damer le pion par une bande de bras cassés ?

Ifreann leva les sourcils en signe de surprise. Non seulement les propos de la vieille femme étaient acérés mais en plus son visage, d'habitude enjoué, ne dégageait rien de bon. Vraiment, rien de bon. La jeune femme s'assit alors un peu à part, de manière à entendre la suite de la longue tirade de Narhuit sans pour autant la couper dans son élan et détourner l'attention des matelots à son écoute.

- Mais qu’une chose soit claire, justice ou pas, je compte bien toucher ma paie ! Et je vous assure que celle-ci s’agrémentera d’une sacrée prime ! La langue d’un menteur, par exemple...

Ifreann hocha discrètement de la tête. Approuver, même silencieusement, était une chose suffisante à son goût ; la vieille dame s'était déjà bien occupée du cas de Sygni et elle n'avait pas spécialement envie d'en rajouter une couche. La fatigue, peut-être. Elle qui était pourtant si impulsive en temps normal... Ifreann bailla à s'en craquer la mâchoire. Effectivement, l'île l'avait complètement vidée de son énergie...
Cette nuit, elle dormirait bien : elle était presque certaine qu'elle rejoindrait bientôt les siens et à vrai dire, elle avait grande hâte : sa famille lui manquait. En revanche, il n'en était peut-être pas de même pour Sygni : sa nuit allait être sulfuteuse, d'autant plus si le capitaine adoptait le même point de vue que Narhuitlalashishtom...

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   17.05.16 11:44

Le pandawa était resté en pleine concentration avec lui-même, commençant déjà à prier sa déesse, son destin déjà scellé par la pointe des javelots de ces sauvages. Il s'était mis à genoux, paumes vers le ciel posées sur ces-même genoux, les paupières fermées, la tête vers le ciel en marmonnant d'étranges paroles pandalaises. Etait-il encore seulement conscient de ce qui se passait autour de lui ?

Sa déesse apparaissait face à lui, comme si il pouvait la toucher. Il la contempla de longues minutes avant que celle-ci lui annonce que son heure n'était pas encore tout à fait venue, qu'il était trop tard pour lui mais qu'il fallait protéger les potentielles futures victimes. Qu'il devait laisser exploser sa rage contre ces ravisseurs, qu'il pouvait faire quelque chose.

Suite à ses paroles, il releva la tête, ouvra les yeux qui laissèrent transparaitre un regard on ne peut plus déterminé. Déterminé à se venger. Il joint la paume de ses mains, pointées vers le sol, ferma à nouveau les yeux et se concentra. Les poils sur son corps commencèrent à pousser, ses muscles gonflèrent les uns après les autres puis il ouvra les yeux et dans un cri de rage, il doubla de volume.

Le jeune disciple au corps svelte et élancé avait maintenant l'apparence d'un vieux sage à la bedaine imposante et au regard rempli d'un feu de haine. Il regarda tout autour de lui et ne vit plus ses compagnons d'infortune, cela le rassura un peu. Il fit d'un signe de la main assez vif aux charpentiers de reculer vers la mer. Il était déterminé à finir ici, mais il ne serait pas seul.


Il colla ses deux poings puis mis un genoux un terre avant de poser sa main sur le sable chaud du sang de ses nouveaux amis. Il se concentra quelques secondes et s'en suivit un déluge de tonneaux remplis d'un alcool étrange qui semblaient tout simplement tomber du ciel. Ces tonneaux assommèrent la moitié de ces dévoreurs de foie et remplir la plage d'un alcool à l'odeur pestilentielle.

Le jeune disciple transformé se releva, dévisagea le chef de cette tribu. Il vérifia une dernière fois que tous les matelots s'étaient bien dirigés vers la mer avant d'amener sa main droite à sa bouche. Il fit un cercle entre son pouce et son index avant de laisser exploser sa rage. Une onde de choc se dégagea des pieds du pandawa assez violente pour faire coucher les arbres avoisinant et former une houle. S'en est suivi un torrent de flamme qui s'échappa de la gorge du disciple alcoolisé.

L'énorme chalumeau embrasa quasi instantanément l'alcool déposé sur le sable et comme une trainée de poudre, les petites maisonnettes en paille des sauvageons s'allumèrent, un énorme incendie se propagea sur toute l'île en quelques minutes. Les silhouettes des ravisseurs et de l'énorme bête poilue disparurent dans une dernière lueur.


Du Requin Jaune à des lieux de là, ses amis pouvaient voir un point lumineux se dégager de l'île qui leur a causé tant de problèmes et une épaisse fumée vengeresse s'en échapper comme ils ont eux-même pu s'en échapper.


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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   18.05.16 18:50

Sur l'horizon en deuil, bourgeonnait une flamme de rage. À défaut d'avoir embrasé l'île entière, la colère de Tsanas illumina la plage des trépassés pendant quelques heures, le temps à la liqueur infâme de se consumer. Les sauvages survivants garderont en eux un souvenir controversée de la venue et du départ de la Mutsou ; dans leur dialecte, ils en feront des histoires légendaires, des chansons de famille, et quelques cantiques tribaux.

Mais sur le Requin Jaune, l'esprit des gens n'était point à s'attarder sur l'île qu'ils venaient de quitter. Non car le Second du bâtiment, déjà meurtri de son corps, encaissait les estocades verbales d'une doyenne qui en avait lourd sur le cœur. Ses coups, Chi Sygni n'essaya point de les parer ; il ne fit qu'accepter, avec des larmes inextinguibles, le triste sort qui était désormais le sien. Peut-être, en accomplissant sa tâche sanglante, s'était-il pris à imaginer que les choses rentreraient dans l'ordre, et qu'il pourrait de nouveau écouler ses congés sur le continent avec Daphné, comme au premier jour.

Après la foudre de ses amours, Chi Sygni dû faire face à la lourde chute de son honneur. À l'époque, il avait dû polir ses manières roturières, il avait dû sacrifier sa vie simple pour embrasser une cause juste et noble. Il a ensuite passé sa vie à entretenir ses principes de loyauté marine pour qu'on le respecte autant que lui respectait le plus grand, Al Débaran. Mais l'amour pousse les hommes et les femmes au bord du gouffre.

Chi Sygni n'entendait plus les paroles cinglantes de Narhuitlalashishtom. Il se tourmentait suffisamment, il ne s'estimait déjà plus digne de rien. À quoi bon, dorénavant, tout est perdu. Curieusement, cette situation lui rappela l'enfer qu'il dû vivre au moment où il prit la décision d'accepter le sordide marché des indigènes pour retrouver sa femme.



Daphné Sygni surgit sans enchantement de la cabine du Capitaine. Elle ne s'était toujours pas changée, et nageait encore dans ses haillons quotidiens. Al Débaran, le visage inerte, la suivait de près. Posant ses fines mains sur la balustrade, l'ancienne juriste fit une triste synthèse des événements ayant marqué les dernières années de sa vie, avec des mots simples et francs, pour que même les matelots les moins instruits puissent en comprendre le sens véritable. Elle ne fit transparaître aucune honte, ni d'avoir été à la merci de ces sauvageons, ni d'avoir eu un mari meurtrier.

Une fois le rappel des faits accompli, Al Débaran échangea la place de Daphné pour prononcer son propre discours :


« Il est des hommes sur lesquels on se trompe. Chi Sygni était mon second, ma main invisible, et peut-être même un ami. Je le destinais à mener le Requin Jaune lorsque je me reposerai auprès des épaves. Mais ce pilier m'a trahi, il nous a tous trahi, c'est un traître de premier ordre, lui et ses pairs, dont le quartier-maître Régulus n'est plus. »

Bétel fut littéralement transpercé par le regard furtif du capitaine, et cru un instant que ses boyaux étaient en train de se répandre sur le pont principal.


« La confiance est un bien qu'on ne donne qu'une fois. Les Lois sont claires et aveugles, les traîtres doivent être tués. Il y a quelques heures à peine, je ne songeais qu'à appliquer au plus tôt une sentence de mort pour le Grand Traître du Requin Jaune. Par vengeance de m'être ainsi senti bafoué. »



« Mais il est aussi des circonstances qui peuvent amener les hommes à se tromper. Vous savez probablement tous à quelle folie l'amour peut conduire le plus brave des hommes. Embrasser une cause suppose parfois de renier toutes les autres. Ce choix vous l'avez fait, prendre la mer, c'est renoncer aux familles heureuses, et aux plaisirs de la terre. Sygni aussi l'a fait. Il a choisi en connaissance de cause, la voix qui lui offrait la meilleure chance, fut-elle ridiculement petite, de serrer à nouveau cette femme dans ses bras. Peu importe le sang des innocents, peu importe la honte, peu importe le risque, peu importe les souffrances. Ce choix l'a conduit ici, ce soir, à se lamenter sur son existence, probablement à songer à se donner la mort ; alors même qu'il a atteint son objectif. »



« Les Lois sont peut-être claires et écrites, mais sur mon navire, la Loi, c'est moi. Je suis Juge du devenir de cette homme que vous avez connu Second, et que vous voyez cloporte. Toutefois, je sens dans mes conclusions la nuisance d'un doute. Moi qui vous ai commandé pendant tant d'années, qui vous ai imposé mes décisions, et qui ai fait de vous ce que vous êtes sur le Requin Jaune, je vous demande ce soir de choisir à ma place, de prendre pour moi ce fardeau que je ne saurai porter. Car il est aussi des hommes dont les épaules, trop longtemps gonflées par des épaulettes de tissu, ne sont pas aussi solides qu'on le pense. »


« À Bâbord ! Ceux qui pensent que le traître doit être pendu ici même avant le souper ! »


« À Tribord ! Ceux qui désirent une fois encore parler avec une légende du passé ! »


Après la surprise de l'annonce du Capitaine, les matelots commencent peu à peu à prendre position. Daphné rejoint Bétel, à Tribord. Les aventuriers ne sachant guère s'ils doivent aussi participer à la décision hésitent avant de se rendre compte qu'il y a maintenant autant de marins d'un bord que de l'autre. Au Capitaine de reprendre :


« Puisque le sort en a décidé ainsi, c'est à vous, gens improbables, qui avez malgré vous révélé les méfaits de Sygni, qu'incombe la décision de vie ou de mort sur sa personne. »


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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   26.05.16 17:49

Longtemps Trebor Dabinter demeura immobile, assis à même le pont, le dos calé contre le bois tranquillisant du bastingage. La poussée d'adrénaline salvatrice qui leur avait permis à lui et ses compagnons d'infortune de s'extirper du piège mortel de la plage maudite, avait laissé place une fois la sécurité du Requin Jaune retrouvée, à une impression de vide incommensurable.  Epuisé, désorienté, vidé de toute forme d'énergie,  le jeune mousse restait là, tremblant de tout ses membres, incapable de parler, incapable de bouger, insensible au brouhaha qui l'entourait et à la brûlure douloureuse de son flanc empourpré d'une longue estafilade, frais souvenir de la javeline dont la pointe acérée l'avait effleurée lors de leur fuite éperdue.

    Ses paupières fermées ne pouvaient contenir les  larmes qui s'écoulaient doucement sur ses joues, ni empêcher des images cauchemardesques de défiler devant ses yeux. Il revoyait en boucle:  la grève de sable blanc où étaient échouées les chaloupes, les charpentiers et matelots qui s'affairaient tout autour, l'arrivée du cortège d'indigènes et leurs gesticulations furieuses à la vue des arbres abattus, les javelots qui fendaient l'air et transperçaient les corps, la panique qui gagnait les marins et leur course désordonnée vers les embarcations, les combats au corps à corps barbares et le sang qui coulait à flot, donnant à l'écume des vagues une couleur rosée incongrue, puis émergeant de cette mêlée sauvage, un colosse armé de son maillet ensanglanté et qui à grand renfort de moulinets  brisait les bras armés ennemis et fracassaient les crânes autochtones, donnant ainsi de précieuses minutes de répit aux membres d' équipage qui avaient réussi à rejoindre la dernière barque,  jusqu'à ce que l' étranger poilu adorateur de la déesse Pandawa, lanceur de feu et de noix de kokoko, n' embrase de ses poings nus le champ de bataille. Et cette vision du Pandawa et d' Amal Ialad, maître-charpentier de son état, mais surtout son mentor, son protecteur, son ami,  son père de substitution, donnant leurs vies pour sauver celles des autres, revenait encore et encore hanter le jeune garçon...  


   La fraîcheur de la brise nocturne qui se levait et le silence respectueux qui s'était imposé sur le pont du navire sortirent le mousse de son état de stupeur. La vielle aventurière Enutrof, durement éprouvée elle aussi, s'était péniblement approchée de Chi Sygni et d'un souffle court mais néanmoins acéré elle apostrophait le traître. Trebor écoutait l'aïeule débiter sa diatribe et à mesure que la naine grisonnante parlait, il sentait la colère l'envahir et l'énergie renaître en lui. A la fin du monologue de la vieille il aperçut du coin de l'oeil l'étrange femme-loup aux yeux de braise et aux tatouages mystérieux acquiescer d'un hochement de tête. Il s'apprêtait à manifester lui aussi son approbation quand Al Débaran prit la parole.

    …..« Les Lois sont peut-être claires et écrites, mais sur mon navire, la Loi, c'est moi. Je suis Juge du devenir de cette homme que vous avez connu Second, et que vous voyez cloporte. Toutefois, je sens dans mes conclusions la nuisance d'un doute. Moi qui vous ai commandé pendant tant d'années, qui vous ai imposé mes décisions, et qui ai fait de vous ce que vous êtes sur le Requin Jaune, je vous demande ce soir de choisir à ma place, de prendre pour moi ce fardeau que je ne saurai porter. Car il est aussi des hommes dont les épaules, trop longtemps gonflées par des épaulettes de tissu, ne sont pas aussi solides qu'on le pense.
  «À Bâbord: ceux qui pensent que le traître doit être pendu ici même avant le souper! À Tribord : ceux qui désirent une fois encore parler avec une légende du passé ! »
  « Puisque le sort en a décidé ainsi, c'est à vous, gens improbables, qui avez malgré vous révélé les méfaits de Sygni, qu'incombe la décision de vie ou de mort sur sa personne. »


   A ces mots Trebor se redressa d'un bond et, le visage dur et le regard fiévreux, il se dirigea vers bâbord. Il brûlait maintenant d'un feu intérieur qui consumait son âme. Son sang  bouillonnait dans ses veines et si la fureur ne lui avait pas enserré la gorge dans un étau implacable, il aurait craché sa haine et son désir de vengeance au visage de celui qu'il tenait pour responsable de la mort d'Amal et de toutes les victimes sacrifiées sur l'autel des sauvageons cannibales. Le pendre? Non il n'en n'était pas question, ce serait une mort trop douce pour ce monstre. Le jeter par dessus bord? Non plus, ce serait une offense à notre mer nourricière. Qu'on l'attache plutôt en haut du grand mat, qu'on le crucifie aux yeux de tous et qu'on le laisse crever à petit feu  de douleur, de faim et de soif. Qu'on laisse son cadavre pourrir au soleil, à la pluie et au vent , et que les gélikans et autres oiseaux de mer fassent leur travail de charognards et nous débarrassent des restes de cette ordure...

    En passant devant l'ancien Second hoquetant le jeune garçon prit une longue inspiration pour vomir son dégoût et l'agonir d'injures mais à cet instant précis son regard croisa celui de Daphnée qui venait de se ranger aux côtés de son époux. Et en une fraction de seconde sa colère retomba. La vision de cette femme, autant éprouvée par les longues années de captivité et tout ce que les Sauvages avaient bien pu lui faire subir, que par le terrible poids de la culpabilité à la pensée de l'odieux marché  conclu pour la sauver,  bouleversa le moussaillon.  Combien  de vies volées en échange de la sienne? Comment trouver la force de vivre avec cet insupportable fardeau? Elle était là, écrasée par la honte et le chagrin mais digne dans ses haillons. Et malgré toute l'horreur que lui inspiraient les agissements de son mari elle lui restait fidèle et n'avait pas hésité une seconde à se ranger à ses côtés. Il avait agi par amour pour elle, amour fou et égoïste certes  mais par amour quand même  et elle ne pouvait se résoudre à l'abandonner quitte à  devoir partager  toute son infamie.

     Trebor sentait confusément que quelque soit la décision prise par l'équipage, elle respecterait ce choix sans protester mais qu'elle ne survivrait sans doute pas à un verdict défavorable. Fallait-il alors elle aussi la condamner à mort? Bien sur  les pauvres bougres fournisseurs de rate fraîche avaient connu une fin horrible mais au moins leurs souffrances avaient été brèves. Cette malheureuse femme aussi était une victime et pourtant elle devrait pour le restant de ses jours payer pour un crime qu'elle n'avait pas commis. N' était ce pas là une injustice aussi grande que la perte d'un être cher? Amal, cet homme bon et intègre, profondément opposé à la violence et que Trebor pleurait aujourd'hui, aurait-il admis que pour venger sa mort on punisse une innocente? Non, certes non, il ne l'aurait pas permis. Il y avait sûrement d'autres moyens de faire payer ses crimes à Chi Sygni sans pour autant accabler davantage sa tendre épouse...

       Alors, à  la surprise de tous, le jeune protégé du déjà regretté Amal Ialad infléchit sa course et vint se ranger à tribord derrière  Sygni sanglotant et  Daphnée superbe et digne.
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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   01.06.16 12:34

Sur le pont du Requin Baune battu par les embruns, quelques toux sèches, raclements de gorges et sifflotements gênés émanant des rangs de l’un ou l’autre camp venaient briser le silence tout relatif de la haute mer.

Une équité parfaite n’aurait pu être envisagée, pas plus que la trahison d’un éminent membre de l’équipage et, pourtant, les probabilités avaient été déjouées… au-delà des espérances !

Les survivants de la bande de mercenaires tenaient conciliabule. Dans le trio des rescapés penchés les uns sur les autres, de sorte qu’on ne vît pas ou peu de choses des émotions qui transparaissaient sur leurs visages fatigués, on opinait du chef, on murmurait, on exposait son point de vue. Bref, on délibérait.

De temps à autres, la tatouée, l’archer ou la vieille jetait un coup d’œil furtif, voire inquisiteur, à l’un des protagonistes de cette drôle de galère dans laquelle on les avait embarqués avant de rejoindre la mêlée décisionnaire.
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Ifreann

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   04.06.16 23:28

Ifreann avait bien songé à cette option, la mise à mort. Mais la voir proposée par le capitaine avait un tout autre effet. Alors qu'elle n'était quelque part qu'indirectement concernée par la situation - puisque ce n'était pas elle qui risquait sa vie dans l'histoire -, le poids de la décision lui revenant en partie lui fit l'effet d'une trombe d'eau versée sur ses épaules. Elle ferait partie de ceux qui sauveraient le second Sygni... Ou de ceux qui le donneraient à la Mort. Ifreann, qui s'était efforcée, malgré la fatigue et les coups durs, de conserver un air ouvert serra lentement les poings tandis que son visage s'assombrissait. La couleur de ses yeux semblait elle-même être devenue plus obscure, repoussant quiconque souhaitait à ce moment s'infiltrer dans son âme à travers son regard.

S'il y avait une chose qu'elle relevait en particulier, c'était que Chi Sygni n'avait pas hésité à sacrifier des vies pour récupérer celle de sa précieuse femme. Et cerise sur le gâteau, il n'en avait informé personne, hormis Bétel qui était désormais et lui-aussi dans de sales draps et Régulus, maintenant loin de tout cela. Cependant... Elle ne pouvait pas remettre en question la volonté de fer du second de sauver sa moitié. Elle aussi l'aurait fait. Mais cela nécessitait-il de sacrifier de valeureux individus qui, informés, auraient été probablement prêts à le suivre pour anéantir ces sauvages avant qu'ils ne touchent à un seul des cheveux de Daphnée ? Chi Sygni les avait envoyé aveuglement à la mort par peur pour sa femme...

Après un long moment de réflexion, Ifreann redressa la tête et gonfla le torse. Elle posa ses yeux rouges sur Chi Sygni, sur Daphnée puis finalement, sur le capitaine. Après les avoir longuement observés, presque analysés, elle se tourna vers l'équipage : certains s'étaient déjà rangés à bâbord, d'autres à tribord, mais bon nombre de matelots demeuraient indécis.

- Je n'pense pas qu'ça soit à nous d'prendre cette décision, déclara-t-elle d'une voix qui se voulait forte et compréhensive, faisant attention à ne pas raccourcir ses mots comme elle avait l'habitude de le faire en temps normal. Mais à eux.

Elle pointa Daphnée et Chi Sygni de l'index. Une foule de regards surpris, témoignant de l'incompréhension de cette dénomination, se posa sur la mutsou qui reprit la parole pour s'expliquer.

- C'est à lui de savoir s'il s'ra capable d'vivre serein'ment après les sacrifices qu'il a fait. Et à elle de savoir si elle veut continuer sa vie aux côtés d'un homme qui a, disons-le en toute honnêt'té, trahi une grande majorité de son équipage, qui lui f'sait confiance.

Elle estimait qu'il s'agissait d'une bonne leçon et d'une punition particulièrement dure, compte tenu de l'honneur qu'elle engageait et de la gravité du choix à prendre.

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Sibelius
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   05.06.16 6:16

Le Capitaine passa lentement sa barbe de deux jours. Il regarda Ifreann d'un œil circonspect avant de déclarer :

« Soit, vous avez parlé, madame. Nous aviserons après que le reste de vos compagnons se soit exprimé. »


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Narhuitlalashishtom

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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   08.06.16 16:42

Mercenaires, enquêteurs, explorateurs, otages, sacrifices, sauveteurs et maintenant juges !
Le nombre de rôles endossés au cours de cette « banale mission d’escorte maritime » n’en finissait pas de croître et Narhuitlalashishtom, toujours percluse de douleur et de courbatures, chiffrait mentalement le possible manque à gagner de leurs multiples casquettes non mentionnées dans le contrat signé, quelques éons plus tôt.

Leurs messes basses achevées, leur décision prise, Ifreann fut la première à rendre son verdict. Digne, la Mutsou ne laissa rien transparaître des événements récents et de leur impact sur sa psyché.

« … à elle de savoir si elle veut continuer sa vie aux côtés d'un homme qui a, disons-le en toute honnêt'té, trahi une grande majorité de son équipage, qui lui f'sait confiance. »

Cette annonce fut accueillie par quelques assentiments et hochements de têtes des marins rangés à tribord tandis que, à babord, on se contentait de grimacer en rongeant son frein.

Le maître des lieux sembla apprécier l’intervention à sa juste valeur, mais prit garde de n’émettre aucun jugement personnel en se contentant de redonner la main à l’un de ses deux derniers « protecteurs de vaisseau marchand ».
Le verdict de l’un ou de l’autre, tout le monde l’avait calculé, pourrait sceller le sort de l’ancien Second s’il s’avérait être aussi miséricordieux que celui de leur imposante comparse tatouée.

Io et Narhuitlalashishtom se dévisageaient mutuellement, donnant l’impression de se renvoyer mentalement la balle. A qui serait-ce le tour ? Qui aurait à endosser une énième responsabilité aux conséquences potentiellement contestables et contestées ?

L’archer trouva la réponse en détournant lâchement le regard pour feindre de s’intéresser aux oscillations du gréement.

Courageux, mais pas téméraire, songea la septuagénaire.

La vieillarde claudiqua jusqu’à sa compagne et balaya l’assemblée de ses yeux pâles avant de fixer le capitaine, Daphné Sygni puis l’accusé du jour. Une inspiration, brève, et elle ouvrit sa petite bouche aux lèvres crevassées par le temps :

« Quelle terreur nous saisira lorsque le Juge apparaîtra pour tout juger avec rigueur ! »

Un silence suspicieux lui répondit et la femme au chignon défait extirpa un carnet de son inénarrable bagage. Présentant l’ouvrage à la reliure abîmée au public, elle continua :

« Le livre sera alors ouvert, où tous nos actes sont inscrits : tout sera jugé d’après lui. »

Joignant le geste à la parole, Narhuitlalashistom présenta une double page couverte de mots et sur laquelle trônaient deux colonnes récapitulatives. Le pour et le contre avaient été apparemment pesés et soupesés.

« Lorsque le Juge siégera, elle désigna du doigt ses acolytes et elle-même, tous les secrets seront révélés... »

A cette remarque, elle tendit une main ouverte en direction de celle qui avait révélé le pot-aux-roses dans le village indigène.

« … et rien ne restera impuni. »


En passant devant l'accusé, la main se referma en un poing blafard strié de veines bleuâtres et couvert de taches brunes.

« Sygni, dans votre détresse, que pourriez-vous bien dire ? Quel protecteur pourriez-vous implorer, alors qu’à vos côtés le plus juste d’entre nous est à peine en sûreté ? »

Prenant la foule à partie, la septuagénaire lança :

« Voyez-le gémir comme un coupable ! Voyez le péché rougir son front ! Un homme au comportement détestable et pour qui seule compte la trahison ! »

A ces mots, quelques hommes d’équipage manifestement indécis virèrent de bord et vinrent gonfler les rangs des partisans de la Camarde. Sur un froncement de sourcils d’Ifreann, la vieillarde enchaîna :

« Une trahison infâme pour l’amour d’une âme ! Une âme blessée qui, pourtant, se dresse à ses côtés… »

Daphné Sygni serrait les dents, s’efforçant de rester stoïque. Les rangs de l’équipage continuaient à s’agiter et d’anciens bourreaux s’improvisèrent sauveteurs en quittant leurs semblables pour se ranger derrière la comptable.

« Que les maudits, couverts de honte, soient voués au feu rongeur ! Que leur cœur, broyé comme de la cendre, soit étouffé par le malheur ! » s’époumona le petit bout de femme, transfiguré.

Encore une fois, on compta quelques défections chez les adorateurs de la Vie, au profit de leurs opposants du moment.

« Marins ! Vous connaissez, au moins de nom, les textes antiques. Vous savez les us décrits dans les cantiques. Mais, sur cette mer et sur ce vaisseau, seule compte la loi du Bord. Votre Second - déchu de son titre et de son honneur soit-il - y a dérogé pour votre plus grand tort… Pour l’amour d’une femme qui, aussi exceptionnelle soit-elle, ne mérite pas que l’on trahisse et assassine pour elle. Marins… »

L’assistance pendue aux lèvres de Narhuitlalashishtom n’attendait que l’énième déclaration qui engendrerait un nouveau rapport de force entre les deux plateaux de cette balance maritime qu’était devenu le Requin Jaune.
Les allées et venues de l’équipage avaient eu pour conséquence d’accentuer le tangage du navire devenu tribunal.

L’adoratrice du Grand Avaricieux reprit :

« Marins, ce serait me répéter que de donner mon avis ou, comme vous semblez le considérer, mon verdict. »

L’ombre d’une déception parcourut les visages environnant.

« Si peine il doit y avoir, que ce soit d’abord celle qui nous étreint lorsque l’on songe à ceux qui ont perdu la vie. Si peine il doit y avoir, que ce soit celle qui soit la plus juste car, non, nous ne rendrons pas justice nous-mêmes. Condamner un bourreau en se faisant juge et partie, ne nous rendrait pas meilleurs, loin de là. Laissons cette tâche ingrate, cette peine infâme, à d’autres. Si ce qui se passe en mer peut rester en mer, cela ne doit pas être le cas aujourd’hui. Les victimes... La vieille femme soupira. Ces personnes sacrifiées sur l’autel de l’égoïsme d’un être devenu moins qu’un homme… Ces personnes avaient, pour la plupart, une famille et des amis, tout comme vous. Et ces vivants, à qui un scélérat a ôté un proche ou plusieurs, méritent de pouvoir pleurer la mort des leurs. Plus que nous ne méritons de céder à notre douleur en optant pour une peine qui serait capitale... »

Narhuitlalashishtom soutint le regard de celui qui, une éternité plus tôt, l’avait enrôlée sur un quai de Madrestam.

« La peine de mort, non. De la peine à vie, oui.
L’ancienne branla du chef. Les terrestres, dans leurs imposantes maisons de pierre, ont leur mot à dire. Puisse leur justice être aussi aveugle que l’amour de Chi Sygni pour sa femme. »

Le Requin Jaune donna de la gîte par tribord, sous l’effet du déplacement d’une forte partie de l’équipage. Par un hasard qui forçait le respect, l’étonnement ou bien les deux, l’équilibre détruit au fil des phrases de Narhuitlalashishtom avait été rétabli. A deux voix près : celle d’Ifreann et la sienne.
Et elles venaient toutes deux de les donner aux partisans de la « dernière conversation », scellant ainsi le destin de l’ancien Second d’Al Débaran.

« Jour de larmes que ce jour-là où, de la poussière, ressuscitera le pécheur pour être jugé. » récita la septuagénaire entre ses dents, alors qu’elle vacillait à côté de la Mutsou sous l’effet pervers de la fatigue, et que les marins célébraient la grâce momentanée du « Boucher du Requin Jaune ».

Daphné Sygni se tourna, les yeux embués de larmes, vers son époux à la face rubiconde défigurée par les pleurs.

« Jour de larmes… et de colère. » commenta une voix d'outre-tombe.
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MessageSujet: Re: [RP] Sur le Requin Jaune   12.06.16 8:16

La dernière action de la petite disciple de l'Avaricieux laissa le Capitaine pensif. Elle n'était plus la seule à prendre parti pour un sursis momentané de la peine de Chi Sygni. Tel un troupeau de bouftons marins, les matelots suivirent le mouvement. Comment pourrait-on s'opposer à une quasi-unanimité ?

« Ainsi soit-il. Chi Sygni ! Écoute-moi, félon des mauvaises heures ! L'assemblée ici consent à te donner le temps de la réflexion, ou peut-être le temps d'être rongé par tes pensées les plus sombres. Savoure l'unique bienfait du monde qu'il te reste, ta chère et tendre. »

Une fois de plus tranché en mille pièces dans son honneur, l'ancien Second se déconfit en larmes honteuses. Daphné, dans une dignité défaillante, serra son époux meurtrier dans ses bras faméliques et inclina légèrement la tête en direction de Narhuitlalashishtom et Ifreann. Elle glissa quelques mots imperceptibles au « Boucher du Requin Jaune » avant de lui asséner une torgnole digne des matrones les plus prépondérantes envers leurs garnements les plus trublions. Le regard d'incompréhension de Chi Sygni traduisait bien la situation particulière dans laquelle il s'était mis.

Finalement, cette scène de ménage, bien que grave et solennelle d'une certaine manière, aviva quelques fous rires incontrôlables chez les marins du Requin Jaune. On riait fort et haut, peut-être pour tenter d'oublier ou d'imaginer tout le sordide de cette affaire. Même Al Débaran, définition même de l'inexpression, esquissa un quart de sourire avant de s'en retourner dans ses quartiers et de sonner le départ du navire pour Moon.


* * *


Le Requin Jaune mis 3 jours supplémentaires à joindre l'île paradisiaque. L'importateur s'offusqua du retard inconsidéré pris par la livraison. Mais Al Débaran calma l'ire du commerçant en racontant le quart du dixième de ce qu'il s'était réellement passé.

Il fallut 2 autres jours pour effectuer les réparations nécessaires sur un des mâts du navire, et surtout de recruter un nouveau maître charpentier dans l'équipage. Un quartier-maître dont le nom ne recèle pas d'importance fut nommé Second par le Capitaine, qui échoua toutefois à trouver d'autres quartiers-maître à enrôler sur une île trop peu civilisée.

Durant ce laps de temps, alors qu'on croyait Chi Sygni aux fers, à l'heure de partir on ne revit plus jamais sa trace, ni celle de son épouse. Au final, personne n'était vraiment attristé de cette nouvelle, son sort sur le continent était certain et générateur de veuve, tandis que sa vie sur Moon serait probablement faite de survie et de repentance. Il était par ailleurs certain que c'était par une omission volontaire ou une aide des matelots ou des officiers voire du Capitaine, que le couple avait ainsi pu prendre la poudre d'escampette.

Le Requin Jaune pris enfin la route vers Madrestam, chargé d'autres marchandises exotiques à écouler sur le marché du port continental. La traversée fut longue et ennuyante pour les aventuriers survivants. La vie en mer ne recelait que de bien peu de plaisir lorsqu'on ne participait pas aux manœuvres et qu'on ne croisait pas de forbans.


* * *


On apercevait bien les cheminées fumantes du vieux Port, la suie, la crasse, et les gens sales qui l'accompagnait. Le brouhaha des crieurs, des vendeurs de poisson, des enfants orphelins, des marins saoul, et des dragodindes hurlant sous le fouet d'un commerçant avare et aux cargaisons bien trop chargées s'éleva de plus en plus aux oreilles des matelots qui pensaient déjà la manière d'écouler leur solde.

Al Débaran attendit, comme de coutume, que les marchandises soient livrées à bon port avant de procéder au paiement des salaires. Chacun prit son pieds dans le magot sagement défendu par le Capitaine. Lorsqu'il ne restait à bord plus que les aventuriers, malheureux dégâts collatéraux de cette histoire, Al Débaran aligna sur la table 4 petits lingots d'or. Il en distribua un à chacun des trois, puis assura qu'il mènerait personnellement les recherches nécessaires à retrouver la famille de Shaylena pour leur apprendre la sinistre nouvelle et les dédommager du mieux qu'il pouvait.

Et sur ce, il congédia les aventuriers éphémères. Se retrouvant seul sur son bâtiment. Seul avec ses secrets et ses mystères.


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